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raoulduguay.net est le site officiel de Raôul Duguay, poète, chanteur, philosophe, peintre... bref, omnicréateur québécois.

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Conception :
  Raôul Duguay et Jean Trudeau

Collaboration :
  Annie Reynaud

Révision des textes :
  Monique Thouin

Réalisation :
  ÉditiQue SM


Tous droits réservés.

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Or je suis d'ici


- I -

Or je suis d'ici
Au nord d'un pays à peine né
Dans un pays qui peine encore à naître
J'arpente l'ici de mon enfance j'en prospecte les ailleurs

Né en Abitibi entre épinettes et bouleaux
La tête dans les nuages les deux pieds sur terre
J'ai toujours cru que là où régnait le vert
Il m'était plus facile de voir venir l'avenir
Or je suis d'ici

Quand j'étais dans le ventre de ma mère
Elle qui ne savait pas chanter me disait toujours
Raôul pour que tu deviennes mon poète
Je mange chaque jour ma soupe à l'alphabet
Y a plein de poèmes qui coulent dans mon sang
Et dans le tien aussi

Ah! comme j'en ai avalé des lettres et des lettres
Comme j'en ai bavé des voyelles et des consonnes
J'ai dû laisser tomber sur les seins de ma mère
au moins 33 recueils de poèmes
Et j'en ai fait des diarrhées de babebibobu
et des rots de agogouggamenummenum

Or je suis d'ici
D'ailleurs qu'il m'en souvienne
autant que ma mémoire d'un futur doré
À la surface de mon rêve
100 000 petits soleils font danser les bancs de neige
Pendant que là-haut s'auréolent mes nuits
de la mouvance irisée des aurores boréales
Ici-bas au plus bas de la terre
s'allume la Voie lactée en plein coeur du roc aurifère
Au son de la musique des marteaux-pilons
toute mon Abitibi rock'n'rêve son avenir
J'entends encore et encore driller la mitraille
des milliers de chenilles aux dents d'acier
Mon coeur bâton de dynamite faisant éclater les tripes de la terre

Tout cela pour que l'or coule dans mes veines
au nouveau Klondike de mon espérance
car j'ai trouvé le filon d'une richesse sans fin

- II -

Or je suis d'ici
Au nord d'un pays où, pionnier
je prends au collet toute une forêt avec ses lièvres libres
Piqué au sang par les brûlots et les maringouins avec les orignaux
je brame encore au bord du lac Blouin
pendant que des abeilles de métal sapent l'épinette
et que rugit la ruche du progrès
Porteur d'eau pour la Malartic Gold Mines
plus haut plus au nord de Chibougamau
Je vrille le vilebrequin d'acier dans la chair de la terre
pour en extirper des carottes de terre
et dans chacune un rêve d'or
pour mettre au monde un vaste pays
La liberté vaut son pesant d'or
Je claim le territoire en clamant : « Euréka! »
même quand ce n'est que de la pyrite de fer

Or je suis d'ici
J'ouvre la porte à l'aventure je vire avec le vent du nord
et toute l'histoire chavire
Je vois venir l'esprit de ma mère venue d'Acadie
de mon père venu de la Gaspésie en 36 et qui
en s'exilant à Val- d'Or croyaient dur comme fer
devenir millionnaires du jour au lendemain
avec 11 enfants sur les bras
Au son des bêches des pics des pelles
je fais de la musique avec les mots de ma langue
Et cogne toujours le gros tambour de mon coeur à l'ouvrage
pour assommer ma solitude enraciner le goût de vivre debout
debout avec autant d'épinettes noires de sapins de bouleaux
Je tremblefeuille encore un peu
au souffle cuivré des cheminées de mon enfance minée

Or je suis d'ici et d'ailleurs aussi.
J'ai transporté mon Abitibi dans ma cour
à Saint-Armand-les-Vents en Montérégie
depuis 30 ans j'y cultive le goût de vivre
en plein coeur de la nature entouré de vert
j'aime y écouter pousser le maïs et les fleurs
me promener dans les prés avec mes chats
y emboucher ma trompette pour faire résonner
ma sensation d'être un écho de ce monde
Là-bas en ma lointaine Abitibi
les couchers de soleil continuent d'illuminer ma mémoire
Or c'est ici que j'ai appris à rêver en couleurs
tout en dégustant les oreilles du doré et des filets de truite mouchetée
Mon enfance remonte en ruisseaux et rivières
avec le rut de mes joies de mes peines

- III -

Or je suis d'ici
Dans la patrie chérie de ma tendre jeunesse

J'ai 10 ans et toutes mes molécules alléluillent au pluriel
La bouche et le coeur encore pleins
de l'Ave Mari Stella que je viens de chanter
Je reviens de la messe en piquant à travers bois
je suis aux oiseaux et je gazouille
tout excité je m'en vais sauter par-dessus le printemps
qui pétille comme du champagne
Comme je veux devenir champion du saut en longueur
d'une roche à l'autre je saute
Je saute de plus en plus loin entre les rives du ruisseau
entre le rêve et la réalité
Mais la 333e fois je m'enfarge et je tombe dans le ruisseau
Sur mon 36 dans mon bel habit tout neuf
taillé et pressé des mains de mon père
Pendant que ma mère prépare des tourtières au lièvre
et du jello aux fraises enveloppé de crème fouettée
tous les animaux de la forêt qui m'épient éclatent de rire

Or je suis d'ici
du nord-ouest du KébèK
Et chacun de mes mots
goûte le bleuet la noisette sauvage la merise amère
À la hache et au sciotte j'abats l'épinette noire du désespoir
et la change en bois rond
En minces éclats
je fends toute une corde de bois sec
pour allumer le poêle au matin
Toute la maison de mon enfance résonne encore
aux cordes du violon de mon père
À peine cinq ans et perdre son père
suffit pour entrer dans la fanfare et le claironner au monde entier
Je trompette tout mon saoul avec les canards et les outardes
qui piquent à travers ciel
Tandis que les framboisiers me lacèrent
des poignets à l'épaule des chevilles aux fesses

Mon frère travaille à la mine Sigma et fait assez d'argent
pour me donner ses habits
Mais il a mal aux poumons
et aimerait mieux dresser des chevaux de course et des coqs

- IV-

Or je suis toujours d'ici
Pour écrire des belles lettres d'amour
je lis le dictionnaire Larousse
C'est le premier livre que je me suis acheté moi-même
et c'est le plus grand des livres
Chaque mot du dictionnaire est pour moi
un personnage à apprivoiser et à faire jouer
J'écris des annonces de chars à CKRN
des poèmes des chroniques dans l'Écho Abitibien
Pour acheter mon dictionnaire
du presbytère à la taverne je vends des journaux
Je monte sur les tables et je chante les premières lignes de La Bittt à Tibi
l'arbre qui cache la forêt de mes mots

Or je suis d'ici et à demeure
Je suis d'un pays qui m'a vu naître
et qu'en chacun de mes mots je fais naître
Je suis d'une vallée où les larmes et les cris
ont ici et maintenant la couleur de l'or

J'entre dans l'or vert du Nord
comme la hache dans la bûche
comme le clou dans la planche
et comme l'orignal dans le rut
je m'empanache la tête de toutes les épines
des conifères décimés jusqu'à la toundra

Combien d'Abitibiennes combien d'Abitibiens
pourront encore se tenir debout
quand tous les arbres de sa forêt auront été couchés
dans le cercueil de la désespérance?

Je sors de la forêt boréale
où il n'y a d'aurore que dans le coeur des enfants
et dans celui incertain des semences
Un à un j'y ai compté les arbres
auxquels je peux encore grimper
pour y tarzaner la mémoire de mon enfance

Or je suis d'ici et d'ailleurs
Je suis d'un pays qui n'en finit plus de renaître
Mais où sont donc passées les aurores boréales?

Or


Raôul Duguay
2000/05/09
Publié dans la Revue MOEBIUS, numéro 106

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